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Saint-Irénée, évêque de Lyon, père de l’Eglise (né entre 120 et 140 – mort vers 202)

Lyon, capitale des Gaules mais aussi théâtre des premières persécutions de chrétiens. Cela se passait en 177, sous le règne de l’empereur Marc- Aurèle. Au nombre des victimes figurait Pothin, le premier évêque de Lyon, ainsi que la jeune esclave Blandine, abandonnée à la fureur d’un taureau, après avoir été épargnée par le lion qui s’était couché à ses pieds. Loin d’étouffer la religion nouvelle, la persécution de 177 ne fit que la propager sur tout le sol gaulois et même au-delà.

Une mission d’évangélisation

Le successeur de Pothin, choisi pour conduire l’Eglise « de Lyon et de Vienne » devait fortifier l’action évangélatrice. Il se nomme Irénée. Il est né en Asie Mineure (la Turquie actuelle), sans doute à Smyrne, à une date mal définie, entre 120 et 140, dans une communauté chrétienne conduite par l’évêque Polycarpe de Smyrne (martyrisé en 155) dont Irénée est devenu le disciple. On apprend grâce à Eusèbe, évêque de Césarée en Palestine, considéré comme le « père de l’histoire ecclésiastique », qu’il était à Rome en 177, en tant que prêtre missionné par l’Eglise de Lyon auprès du pontife Eleuthère. Ce qui lui vaut d’échapper à la persécution qui a eu lieu à ce moment-là. A son retour, il devient le successeur de Pothin, mort en prison.
Irénée remplit alors une importante mission d’évangélisateur. « Il semble, écrit Jean Comby, qu’il ait été le seul évêque de la Gaule et qu’il ait organisé la mission chrétienne vers le nord. A plusieurs reprises, il joue le rôle de médiateur auprès de l’évêque de Rome pour réconcilier les chrétiens divisés sur les questions doctrinales et liturgiques. En particulier, il apaise la querelle sur la date de Pâques qui opposait l’évêque de Rome et certains chrétiens d’Asie ». Selon Eusèbe, évêque de Césarée, « Irénée portait bien son nom (qui veut dire “le Pacifique”) car il était pacificateur par son nom comme par sa conduite ».

Irénée le théologien

Irénée est aussi l’auteur de nombreux écrits, « de traités théologiques parce qu’il était avant tout pasteur, souligne l’historien Bernard Berthod. On lui doit plusieurs écrits sur la science, la prédication apostolique, mais son œuvre majeure est un traité réfutant la gnose / la connaissance des choses divines réservée aux seuls initiés / et de nombreuses hérésies : “L’Adersus hoereses (contre les hérésies) (…) Ce long texte divisé en cinq livres représente la première synthèse théologique de grande ampleur où se trouve récapitulée la foi de l’église et présente de nombreuses intuitions reprises dans les siècles suivants. L’ouvrage est destiné à lutter contre l’hérésie gnostique de ceux qui pensent obtenir le salut par l’acquisition d’un savoir tenu secret au plus grand nombre et non pas par le sacrifice du Christ…” ».
Irénée devait fortifier l’action évangélisatrice. Jeune mais avisé, il a imposé sa volonté constructive, aidé par de solides connaissances et de rares qualités humaines qui le placeront toujours en position de comprendre, d’écouter même ceux qui ne partageaient pas sa foi.

Une fin mystérieuse

On sait peu de choses sur la date précise et les circonstances de la mort d’Irénée, second évêque de Lyon. On situe sa disparition au début du IIIe siècle, qui serait liée à une grande persécution exercée contre les chrétiens en l’an 202. Si la tradition le considère comme martyr, elle se réfère à un texte du VIe siècle, intitulé « La passion de Saint-Irénée ». Ce dernier aurait été la victime de l’empereur Septime Sévère avec 19 000 autres martyrs. Des flots de sang (sanguis) auraient dévalé à flots depuis Fourvière par le chemin du Gourguillon (« gurges sanguinis ») jusqu’à la rivière qui, de « Arar », serait devenue la Saône (« Sagona »). Mais bon nombre d’historiens estiment que cet épisode de persécution correspondrait en fait au récit des représailles sanglantes exercées en l’an 197 par l’empereur Septime Sévère, ancien gouverneur de Lyon, pour punir les Lyonnais d’avoir pris le parti d’Albinus, son adversaire au titre d’empereur, qu’il venait de vaincre près de la ville qui avait ensuite été prise et livrée au pillage, entraînant le massacre de nombre de ses habitants…
Laissons la part de mystère liée à la fin de Saint-Irénée dont l’œuvre reste d’actualité, ainsi que l’a souligné le pape Benoît XVI dans une catéchèse : « Irénée est avant tout un homme de foi et un pasteur. Du bon Pasteur, il possède le sens de la mesure, la richesse de la doctrine, l’ardeur missionnaire. En tant qu’écrivain, il poursuit un double objectif : défendre la véritable doctrine des attaques des hérétiques, et exposer avec clarté les vérités de la foi (…) Mais son œuvre va bien au-delà du rejet de l’hérésie : on peut dire, en effet, qu’il se présente comme le premier grand théologien de l’Eglise »…

Gérard Chauvy

 

 

Sources : Jean Comby : « Lyon capitale religieuse. Les premiers pas d’une communauté (2e-8e siècles) », « Notre Histoire », no 93.

Bernard Berthod : « Irénée de Lyon, un théologien pastoral ».

 

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