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Camping-cars Notin, une centenaire allègre et alerte

Faites l’expérience. Lors de votre prochaine sortie sur les routes et autoroutes de France, quittez le paysage des yeux quelques minutes pour observer les véhicules que vous rencontrez et repérez la marque du fabricant. Non seulement vous devriez assez vite croiser la route d’un camping-car – avec plus de 500.000 véhicules en circulation, la France possède le deuxième parc européen, juste derrière l’Allemagne, selon la Caravaning industry association – mais la probabilité est grande que ce qui était autrefois appelée « une cellule sur porteur », sorte des ateliers Notin. Installée dans Loire, son département d’origine, depuis 1921, la petite affaire initiée par les frères Notin, est devenue un acteur majeur du marché des véhicules de loisirs, et plus particulièrement du camping-car ; une marque de référence dans le haut de gamme qui s’exporte dans toute la France et même en Europe et qui fêtera, en 2021, un siècle d’histoire.

Les frères Notin reprennent un atelier de charronnage

Le plus vieux constructeur de véhicules de loisirs en Europe est né à Panissières et s’est étendu à Feurs, à une quinzaine de kilomètres. C’est dans la première commune citée, dans ces Montagnes du matin qui assurent en partie la jonction entre la Loire et le Rhône, que Francis et Joseph Notin achètent un atelier de charronnage et fondent l’entreprise éponyme, peu après la fin de la Première Guerre mondiale. De la fabrication et du montage de roulottes pour les cirques et les gens du voyage, ils en viennent aux remorques dites « d’habitation » (notamment pour les ouvriers qui installaient les voies de chemin de fer) puis aux premières caravanes de tourisme alors que l’instauration des congés payés, en 1936, va assurer l’émergence et l’essor du camping. Les caravanes resteront d’ailleurs le plus important marché de Notin jusqu’à la fin des années 70. La production est brutalement stoppée par la Seconde Guerre mondiale mais reprend en 1943. Cinq ans plus tard, l’entreprise ligérienne sort son premier living car, une appellation destinée à mettre en valeur une fabrication particulièrement soignée, basée sur le sur-mesure et sans sous-traitance, sur un marché encore naissant en Europe alors que les premiers camping-cars ont vu le jour à la fin du XIXe siècle, début du XXe.

La prise de participation majoritaire du groupe Trigano

Malmenée par des coûts de production qui ne cessent de grignoter la rentabilité, la société est sauvée de justesse par le rachat de Pierre Bruand, en 1978. Elle ne va, dès lors, cesser de revoir ses principes et ses matériaux de production pour faire des économies sans perdre en qualité et proposer des innovations. Au début des années 80, Notin produit plus de camping-cars que de caravanes et l’entreprise inaugure un nouveau bâtiment avec 1.300 m2 d’exposition couvert et 6.000 m2 de parking, à Feurs, dans la plaine du Forez. En 2005, Guerric Bruand succède à son père à la tête d’une entreprise qui se développe et va ouvrir sa première succursale à Saint-Georges-des-Gardes, près de Cholet, en 2007.

Le rachat par le groupe Trigano, leader européen du secteur, en 2012, a permis à l’ancienne PME familiale de poursuivre sa croissance. En 2017, elle a inauguré un nouveau site industriel à Panissières qui rassemble tous les ateliers (une menuiserie notamment). La modernité de cet outil a permis de doubler la production en l’espace de trois ans. Quelque 150 camping-cars nécessitant de 500 à 1.500 heures de travail chacun, suivant la gamme et les finitions, devraient sortir des usines en 2020. Notin propose une quinzaine de modèles (5 profilés et 10 intégraux) sur des châssis de constructeurs de référence tels que Fiat, Mercedes et Iveco dans une fourchette de prix allant de 70.000 à plus de 250.000 € pour le Notinliner, joyau de son savoir-faire et vaisseau amiral de plus de 9 mètres de longueur. « Notre clientèle apprécie de retrouver le confort et les services d’un appartement mais sur roues », glisse Gisèle Bruand, veuve de Pierre Bruand décédé en 2008, et directrice de concession à Feurs.

Une centaine de salariés et des clients dans toute la France

Ces véhicules d’exception séduisent dans un secteur qui se porte bien. Les immatriculations en France ont progressé de 3,1 % sur la saison 2019/2020. Même tendance pour les ventes d’occasion (+ 5,3 %) après un exercice précédant déjà prometteur. Autre bonne nouvelle pour la soixantaine de constructeurs établis en Europe, la clientèle se rajeunit. Après, et sûrement grâce à leurs parents qui leur ont fait découvrir les attraits du camping-car, les quinquagénaires d’aujourd’hui sont séduits par la liberté, de mouvements et d’horizons, qu’offre ce moyen de transport très sécurisant.

Aujourd’hui, Notin emploie plus d’une centaine de personnes pour un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros, en progression ces dernières années. La marque est présente dans l’Hexagone grâce à un réseau de distributeurs mais aussi en Belgique et en Allemagne, le premier marché européen du camping-car. L’une de ses forces réside dans la relation privilégiée nouée très tôt avec ses clients. Né dès 1988 et présidé par Gisèle Bruand, le Club Tivaou rassemble les utilisateurs des véhicules fabriqués par Notin. Chaque année, cette petite communauté riche de quelque 250 adhérents, organise un voyage ouvert à une vingtaine de camping-cars. L’an dernier, la colonne a parcouru les splendides paysages d’Islande. Le voyage prévu en Espagne, en avril et mai dernier, a dû être reporté à 2021, crise sanitaire oblige, mais tout le monde a déjà en tête celui de 2022. La Russie devrait accueillir les fidèles de la marque ; l’occasion, pourquoi pas, de séduire une nouvelle clientèle et d’étendre encore la renommée de Notin.

Philippe Montagnier

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