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Grenoble et le cyclisme

En 1961, Charly Gaul triomphe à Grenoble où le cyclisme est (presque…) une religion

L’arrivée triomphale du Luxembourgeois Charly Gaul au terme de l’étape Saint-Etienne-Grenoble dans ce Tour de France 1961, le journaliste François Cazeneuve s’en souvient comme si c’était hier : « J’étais à l’arrivée avec ma sœur ! Notre mère m’avait donné un franc pour acheter des biscuits, j’avais préféré prendre des journaux… », s’amuse-t-il encore aujourd’hui.

Plus sérieusement, « Charly Gaul reste le recordman des victoires à Grenoble ! Avec mon frère [Thierry, autre journaliste qui dirigera le Critérium du Dauphiné Libéré], on était posté à l’entrée du vélodrome. A l’époque, il y avait une grande rivalité entre Gaul et Bahamontes, qu’on surnommait l’aigle de Tolède, mais la spécificité de ce Tour 1961, c’est qu’Anquetil aura porté le maillot jaune de bout en bout ! Cela ne s’est jamais reproduit… » Enfin, après la première demi-étape, remportée par André Darrigade…

Et d’enchaîner : « L’étape venait de Saint-Etienne, et Gaul s’était une nouvelle fois détaché dans la Chartreuse ; c’est toujours là qu’il faisait la différence… », apprécie le connaisseur.

Car la capitale (autoproclamée…) des Alpes (françaises…) aura toujours entretenu une relation privilégiée avec le vélo. Et les désormais célèbres « autoroutes à vélo » d’Eric Piolle, le premier maire écologiste d’une ville de plus de 100 000 habitants en France dès… 2014, s’inscrivent aussi – mais pas que… – dans cette longue histoire.

« Le troisième Tour de France, qui venait de Besançon, a fait pour la première fois étape à Grenoble au terme d’une étape de 327 kilomètres qu’a remportée Louis Trousselier », campe François Cazeneuve, qui a tôt fait de s’enthousiasmer sur « les grandes étapes des Alpes ! » Et c’est ainsi que « Grenoble a été 39 fois ville étape… »

Une étape un peu particulière, dans la mesure où, ce 2 juillet 1961, « on a appris le suicide d’Ernest Hemingway… » Et François Cazeneuve de sortir le compte-rendu hommage de l’étape par Antoine Blondin, lorsque journalisme et littérature allait (souvent…) de pair.

Le cyclisme, François et Thierry Cazeneuve l’auront trouvé dans leur biberon puisque c’est leur oncle Georges Cazeneuve qui créera le célèbre Critérium du Dauphiné Libéré, devenu le Critérium du Dauphiné lorsque le groupe de presse le revendra à Amaury Sport Organisation en 2010.

« Georges était né en 1906 en Ariège, et il avait travaillé à Nice-Matin puis au Petit Provençal ; il arrive au Petit Dauphinois avant de disparaître dans la Résistance. A la Libération, il deviendra le premier directeur de publication du tout nouveau Dauphiné Libéré. Et il crée la course en 1947 pour pénétrer dans le moindre village. Au début, d’ailleurs, ça s’appelait Les Quatre jours de la route, qui partaient de Grenoble et arrivaient à Grenoble », relativise François Cazeneuve.

Mais cette course avait rendez-vous avec l’histoire de Grenoble, comme avec l’histoire. « Elle devient une grande course internationale dès les années 50, surtout lorsque son premier grand vainqueur devient Louison Bobet en 1955 », rappelle le journaliste. Qui se plaît à rendre hommage au vainqueur de 1952 : « Jean Dotto, qu’on surnommait le vigneron de Cabasse, avait gagné sur un vélo Liberia, qui était fabriqué à Grenoble. Les cycles Liberia portaient ce nom parce que M. Biboud, leur fondateur, avait été impressionné par la libération de l’Etat du Liberia », sourit François Cazeneuve.

Anquetil, Poulidor, Merckx, Hinault, Ocana, Thévenet, LeMond, Indurain et bien d’autres viendront ajouter leur nom à cet impressionnant palmarès…

Mais, dans la famille Cazeneuve, le bon Georges n’allait pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’il lancera Les 6 Jours de Grenoble en 1971. « Les gens venaient voir Merckx, et les coureurs étaient disponibles », se remémore François Cazeneuve, « cela changeait considérablement du passage fugitif sur la route… » Et puis « c’était treize ans après les derniers 6 Jours de Paris. »

Reste que cette histoire s’enracine dans un territoire. « Il y avait l’UCG, l’Union cycliste grenobloise, qui jouait un grand rôle et qui a donné de bons coureurs amateurs et professionnels, les Routens, Jean Pinsello… », argumente l’homme de plume qui ne manque pas d’exemples : « Il y avait beaucoup de marchands de cycles et d’excellents vélocistes, comme Routens à Gières ou Cattin à Crolles », entre Grenoble et Chambéry. « Avec une proportion de vélocistes par nombre d’habitants tout à fait impressionnante dans la ville la plus plate de France », puisqu’arasée par un gigantesque glacier.

Premier maillot jaune de l’histoire à Grenoble

A tel point que c’est à l’angle de la rue Béranger et du boulevard Gambetta, au Café de l’Ascenseur, que fut remis, le 19 juillet 1919, le premier maillot jaune du Tour de France à Eugène Christophe, surnommé Le Vieux Gaulois.

Journaliste également, Marc Mingat se souvient bien évidemment de cette arrivée victorieuse de Charly Gaul : « J’avais onze ans ; la télévision n’était pas très répandue et le vélo était aussi important que le foot ou le rugby… J’étais avec mon père ; il faisait très chaud, et les gens se faisaient des chapeaux en papier en forme de canot à l’envers avec Le Dauphiné Libéré. Il y avait un speaker et le temps était pris à l’entrée du vélodrome. Après la cérémonie, le vainqueur effectuait un tout d’honneur avec un énorme bouquet. Et ça, c’était très sympa ! Je me demandais à l’époque comment il faisait pour le tenir… », s’émeut-il aujourd’hui.

Et puis, « tout le monde quittait le stade municipal en bon ordre ; c’était très bon enfant. On participait à un événement que les adultes considéraient comme important… »

Et ce féru d’histoire s’empresse de rappeler : « Il y avait cours Berriat une boutique de lingerie féminine qui organisait chaque année un Grand Prix péri-urbain, le Prix Claudex. La circulation était coupée, et le cours était noir de monde ; c’était un véritable événement, que Novak a gagné. »

Marc Mingat se révèle soudain presque aussi intarissable que François Cazeneuve : « Avant la guerre, chaque dimanche, il y avait des courses cyclistes amateurs qui partaient du parc Paul-Mistral. J’ai retrouvé des photos où il y a tellement de monde que les gens étaient juchés sur les toits des tribunes. Et les vedettes s’appelaient Bernard Gauthier, Victor Centa, Hugo Bari, Georges Nicollier… »

Plus globalement, « c’était une religion à Grenoble ! Et la proximité de la montagne a sans doute beaucoup joué… »

Ce que l’on a du mal à imaginer aujourd’hui, c’est que « la ville s’arrêtait aux grands boulevards ; le quartier des Eaux-Claires, qui doit son nom aux inondations du Drac, servait à faire des courses de cyclo-cross… »

Ce que l’on a encore du mal à imaginer, c’est enfin cette confidence : « Quand j’étais tout petit et que je me mettais en colère contre mes parents, je me souviens que je disais J’aime pas Papa ! J’aime pas Maman ! J’aime pas Robic ! … », éclate-t-il de rire.

C’est dire l’importance du vélo…

Séraphin Guicharel

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