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Vers le rattachement de la Bourgogne au royaume de France

Au petit matin du 9 janvier 1477, Louis XI reçoit une nouvelle qui le surprend autant qu’elle le réjouit : on venait de lui annoncer la mort de son rival, Charles le Téméraire. Pour être sûr de l’exactitude de cette information, le roi fit faire une rapide enquête. Mais le duc de Bourgogne avait bel et bien succombé, battu et tué sous les murs de Nancy le 5 janvier par le duc de Lorraine et ses alliés suisses. Sa mort bouleverse la donne pour la Bourgogne. L’héritière de Charles le Téméraire n’est autre que Marie de Bourgogne. Celle-ci, fille de la deuxième femme du duc défunt, Isabelle de Bourbon, se trouve dans une situation très délicate. Elle n’a que 20 ans, pas d’époux en dépit des projets que son père avait échafaudés. Plus grave encore, les guerres perdues ces dernières années par le duché laissent ce dernier sans grande défense et désargenté. On comprend que dans ces circonstances Louis XI voit tout le parti qu’il peut tirer de la situation. De Philippe le Hardi (1363-1404) à Charles le Téméraire les ducs de Bourgogne ont rassemblé sous leur autorité un vaste ensemble territorial s’étirant du duché de Bourgogne, au sud, jusqu’à la Hollande et à la Frise, au nord, en passant par la Flandre et l’Artois.

Louis envisage une union matrimoniale qui aurait scellé le destin du duché en sa faveur, c’est-à-dire de marier Marie de Bourgogne avec l’un de ses fils mais ce dernier n’est âgé… que de sept ans ! Louis entreprend donc dans le même temps d’user de la manière forte. Il décide de mettre la main sur Arras et Cambrai tout en envoyant quelque 6000 hommes sur la Bourgogne, placés sous le commandement de trois seigneurs qui ont toute sa confiance : le prince d’Orange (Jean de Chalon), le sire de Craon (Georges de la Trémoille) et le gouverneur de Champagne, Charles d’Amboise. Dans une lettre adressée aux Dijonnais, il convie ces derniers à se soumettre à sa tutelle afin de garantir… les droits de la jeune duchesse. L’opération militaire réussit facilement : Auxerre se rend le 14 janvier, et quelques jours plus tard les états de Bourgogne qui se réunissent à Dijon acceptent la tutelle royale moyennant le respect des franchises. Dijon laisse entrer les troupes royales le 1er février.

Tout cela ne dure qu’un temps. La tenue des forces royales occupantes indispose les Bourguignons qui se soulèvent. Le 26 juin 1477, Dijon passe à la sédition après d’autres localités. La bannière royale est abattue et Jean Jouard, le chef du conseil ducal et président des parlements des deux Bourgogne, est assassiné en pleine rue, tandis que les émeutiers lui arrachent les insignes de son autorité au cri de « Vive Bourgogne » …

Mais ces soulèvements manquent de cohérence et Charles d’Amboise, le nouveau gouverneur, organise la répression et les villes payent au prix fort leur révolte. « Les forteresses sont confisquées ou démantelées. Beaune perdra ses remparts (mesure qui paradoxalement en a sauvé les vestiges). Exécution, expulsion, confiscations se multiplient, révélant aux Bourguignons ce que signifie la mainmise royale. Désormais il n’est plus question d’une gérance des droits de Marie, mais d’un rattachement pur et simple. »

Marie de Bourgogne a tenté au moins de faire pièce au projet de mariage voulu par Louis XI. Elle a épousé par procuration en cette année 1477 le futur empereur du Saint-Empire Romain Germanique, Maximilien Ier de Habsbourg. Le mariage est célébré effectivement le 19 août suivant. Le salut de la Bourgogne réside-t-il dans cette alliance impériale ?

Quel rôle va pouvoir jouer Maximilien ? Celui, « avantageux, de défenseur de l’orpheline face à son cousin cupide, alors qu’un autre scénario aurait pu lui attribuer un emploi moins flatteur aux yeux des hommes sensibles, celui de coureur de dot ? (…) A ses dons d’organisateur, il joignait des talents de capitaine. Il sut mettre à profit les innovations tactiques apportées naguère par les hussites dans leur lutte contre les chevaliers teutons. Face à la gendarmerie française, il allait utiliser avec astuce ses lansquenets ; ainsi, à la bataille de Guinegates, en 1479, sut-il repousser avec vigueur le centre de l’armée française, manœuvre qui provoqua la défaite des troupes de Louis XI. »

Pour l’archiduc Maximilien, c’est une victoire chèrement acquise car il a probablement perdu plus d’hommes que le vaincu et il ne peut l’exploiter. A court d’argent et, corollairement, à la merci de la mauvaise volonté des milices bourgeoises flamandes, il ne prend pas le risque d’occuper ni Thérouanne (pourtant privée de ses défenses) ni Arras. Néanmoins, son prestige et celui de la duchesse Marie sortent renforcés de cet affrontement victorieux avec l’armée royale de Louis XI. Existe-t-il en 1481 quelques raisons d’espérer ? … Marie et Maximilien se trouvent malheureusement dans l’incapacité de payer régulièrement leurs hommes d’armes. A l’image des compagnies d’ordonnance remises sur pied en novembre 1477. Fortes de 800 lances en 1477, elles atteignirent et dépassèrent les 1 100 lances à l’été 1480, pour finalement s’effondrer, puis se stabiliser à 600 lances en 1481-1482. À l’évidence, le duc et la duchesse ne disposent plus en 1481 des moyens nécessaires pour conserver de manière permanente une armée suffisamment nombreuse pour tenir tête aux troupes royales.

Or le destin touche cruellement le duché. Marie de Bourgogne meurt accidentellement le 27 mars 1482, des suites d’une chute de cheval dans la forêt de Wynendaele, située dans la province belge de Flandre Occidentale, lors d’une chasse au faucon en compagnie de son époux. Résigné, Maximilien va se résoudre à accepter les propositions de Louis XI qui, de son côté, fait contre mauvaise fortune bon cœur. Cela se dénoue avec la signature du traité d’Arras qui met fin, en décembre 1482, à la guerre pour la succession de Bourgogne, consacrant ainsi la victoire des rois de France, après plusieurs décennies d’un conflit qui puise son origine au début du xve siècle, lorsque Armagnacs et Bourguignons se disputaient le gouvernement du royaume. Le traité entérine le rattachement du duché de Bourgogne, de la Picardie et du Boulonnais au domaine royal, et prévoit le mariage du dauphin Charles, futur Charles VIII, avec Marguerite de Habsbourg, fille de Marie et de Maximilien. Louis XI jouit ainsi d’une autorité sans limite. Dont il ne profite que peu de temps. Malade, vieilli, diminué, le roi s’enferme au château du Plessis-Lès-Tours où il va mourir l’année suivante, le 30 août 1483….

Gérard Chauvy

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